Paris le 23 Novembre 2012
Monsieur,
Nous venons de recevoir le courrier nous indiquant que notre offre pour la maîtrise d’œuvre relative à la : Réhabilitation et restructuration [XXX à] Paris, n’est pas retenue et constatons, une nouvelle fois que le montant des honoraires proposés en est la cause.
Le pourcentage des honoraires que nous avions proposé était de 7,3%, le décompte des points nous conduit à penser que notre concurrent retenu est à 6,39% pour une opération d’un montant de 1 107 000,00€.
Si la référence au mode de calcul de la loi MOP d’antant, n’a plus cours, nous nous y référons encore parce qu’elle nous a servi longtemps de base de calcul pour définir des montants d’honoraires finalement assez justes, du moins qui nous permettaient de vivre à peu près décemment de notre travail.
Le calcul selon cette référence défini un taux de 11,20, déduit du montant des travaux. Pour la complexité, la réhabilitation de logements n’a pas de coefficient particulier, nous le situons dans le domaine logements, une petite opération de réhabilitation de logements est à minima (et c’est bien le cas ici), aussi complexe que du neuf, d’expérience nous savons qu’aucune opération de réhabilitation ne se passe comme elle est envisagée et que nous avons toujours à y gérer des imprévus souvent complexes et chronophages. En retenant un coefficient de 0,95 nous ne sommes que sur une position médiane de cette plage.
Il résulte de l’application de cette référence loi MOP à minima, un pourcentage d’honoraires à environ 10%.
Depuis les temps reculés où ce mode de calcul avait cours, le contenu des prestations de la maîtrise d’œuvre s’est très significativement accru ; l’amélioration quantifiée des performances thermiques et énergétiques, la prise en compte de normes d’accessibilité plus draconiennes, le durcissement des normes de sécurité incendie, (en particulier pour la réhab.), la mise en place des procédures de retrait pour le plomb et l’amiante, des pièces graphiques, dont le niveau de précision et de détail absorbe la facilitation qui résulte de l’informatique, le cadre contractuel qui défini nos prestations s’est lui aussi durci, le temps important consacré à l’élaboration des dossiers d’offres sans suite, enfin, le savoir faire des ouvriers des entreprises, soumises à la même concurrence pour leurs prestations, est devenu trop souvent désastreux, rendant la gestion des chantiers toujours plus difficile.
Ainsi dans le même temps le pourcentage de nos honoraires s’est effondré de 30 à 40% tandis qu’augmentait la masse de travail auquel ils correspondent. Aucune rationalisation ou efficacité d’organisation ne peuvent justifier un tel écart, le travail à fournir et le temps à passer pour une opération de réhabilitation n’est pas compressible par magie.
C’est pourtant à cette magie que la libre concurrence, à laquelle nous sommes tous soumis, nous fait croire, alors que la baisse ne résulte que du nombre toujours important des maîtres d’œuvres et de la raréfaction de l’offre. C’est pourquoi, si je ne l’excuse pas, je ne peux jeter la pierre à notre confrère qui comme nous est contraint à trouver de nouvelles affaires. Dans cette logique, nous étions, nous aussi, déjà au dessous de ce qui devrait être retenu, son offre ne fait qu’amplifier la tendance. Je sais cependant que les “règles du jeu”, ont, bien sûr, été respectées.
Si le cadre contractuel évite aux maîtres d’ouvrage toute baisse de la qualité des prestations, la seule conséquence qui en résulte est la paupérisation de la maîtrise d’œuvre ; Architectes et BET.
Je ne pense pas qu’à terme pour notre domaine d’action commun, nous ayons, maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage, grand chose à y gagner. On voit chaque jour, ce qui résulte de la qualité des prestations d’entreprises contraintes à sous estimer leurs propositions.
Je tiens, cependant, par ce courrier, à vous alerter sur la logique mortifère dans laquelle notre profession est entrainée, il me semble que la réussite d’une opération tient pourtant, aussi, à la nécessité pour chacun de ses intervenants de pouvoir en vivre décemment.
Je précise que ce constat ne concerne pas particulièrement XXX(MO). Nous constatons et c’est ce qui nous met particulièrement en péril, la même logique à l’œuvre avec les autres donneurs d’ordre qui ne font que se conformer aux règles des marchés publics en cours, pour les MAPA.
C’est contre cette logique, mettant dans le même sac, pommes de terres, boulons ou chaussettes et prestations intellectuelles, qui nous conduit dans une impasse, qu’il me semble nécessaire de tirer une sonnette d’alarme.
Espérant que ce courrier retienne votre bienveillante attention, je me tiens à votre disposition pour approfondir, si vous le souhaitez cette réflexion, ou pour toute autre précision.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.
Yves Brangier, architecte dplg, urbaniste difu,
copies: Ordre des architectes; MIQCP;

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