Quel lien entre les 170 m2 et les PPP ?

– des deux côtés nous nous faisons grignoter –

Cet échange entre deux architectes des Pays de Loire a eu lieu à Nantes le samedi 21 janvier au cours d’une réunion très modeste à l’initiative de DpA mais grosse de possibilités de mobilisation des architectes dans l’avenir.
Comment se passe le « grignotage » ? C’est le problème de l’accès à la commande dont on peut considérer la difficulté de plusieurs façons, mais prenons son aspect financier :

« Un particulier veut rajouter une lucarne à sa maison, autour de Nantes nous sommes dans des secteurs sauvegardés et pour une simple lucarne il faut poser les panneaux avec les autorisations. Avant toute décision de travaux, il faut se déplacer, analyser la situation, ce qui révèle souvent d’autres problèmes. Faire un croquis, un diagnostic, dire l’ardoise qu’il faut, la pente qu’il faut,  qui permettent d’établir le montant de la dépense à prévoir. Comment se faire payer pour ce travail, au temps passé, en relation avec le montant des travaux ? Pour une maison individuelle, c’est pareil, en l’absence d’obligation de faire appel à un architecte et d’aide de l’Etat, les Caue ne remplissant plus la fonction qui était la leur, les Français n’ont pas le choix et vont se tourner vers les Constructeurs de maisons individuelles vendues «clé en mains». C’est tout un pan de la commande qui nous échappe».
Lorsque l’Observatoire de la profession 2011 indique que la construction individuelle représente plus de 60 % de l’activité des architectes, ces considérations ont de l’importance.
A l’autre extrémité du spectre, les PPP présentent un obstacle financier que les architectes, à part une poignée infime au regard du nombre d’architectes inscrits, ne peuvent franchir. Actuellement le Conseil Général de Seine St Denis met en compétition des groupements d’entreprises pour la construction de douze collèges. La prime allouée par le Conseil Général à chaque architecte invité par une des trois entreprises admises à participer à la compétition est de 65 000 €. L’ordre des Architectes d’Ile de France a estimé qu’il aurait fallu la doubler pour correspondre au travail à fournir par chaque architecte (stade APD). Quel architecte peut encore aujourd’hui avancer 130 000 € de sa poche pour participer à une compétition de ce type avec la certitude de n’en récupérer que la moitié ?

– des deux côtés nous nous faisons grignoter –

Depuis quelques temps les PPP font l’objet d’un battage médiatique intense. Le Conseil national de l’ordre  n’est pas en reste avec l’interview ce 13 janvier de Régis Rioton dans « La Marseillaise » :

Si l’ordre des architectes a toujours dénoncé ce système, nous étions peu écoutés. Aujourd’hui, on commence enfin à entendre dire que cela coûte cher et est très contraignant, qu’on pourrait avoir des prestations identiques, voire meilleures, à des coûts inférieurs et offrant davantage de liberté. […]  L’architecte n’est pas là pour servir les intérêts des entreprises même si, nous pouvons comprendre leurs problèmes. […] Or quand l’architecte est payé par un groupement il devient difficile de faire refaire des choses qui posent problème.
Tout le monde s’accorde à dire que les PPP sont devenus un enjeu de société, que les architectes ne pourront résoudre à eux seuls. Cela enlève-t-il la nécessité pour la profession de voir son ordre les condamner en vue de leur suppression, faute de quoi notre ordre en sera réduit à les accompagner au nom d’une humanisation impossible ?
Symétriquement l’Ordre se félicite d’avoir obtenu l’assurance que les 40 m2 ( en de ça desquels il n’est pas besoin de permis de construire ) ne viennent pas se surajouter aux 170 m2 du seuil qu’il faudrait abaisser à 40 m2. N’est-ce pas ce qui explique que l’ordre ait tourné le dos à la volonté des  architectes qui, s’ils ont signé  à 2 000 la pétition au ministre, c’est parce qu’ils avaient le sentiment diffus que sur cette question il serait possible, à condition d’être assurés du soutien de l’Ordre, de gagner quelque chose, par exemple l’abaissement du seuil de 170 à 40 m2.

Une telle avancée serait à même de desserrer l’étau qui entrave les architectes, « leur redonnerait l’autorité dont ils ont besoin pour exercer leur métier », comme le soulignait un des participants de à la réunion de Nantes. Notre profession s’en trouverait légitimée à s’insérer dans ce qui ne doit pas rester au stade du débat, mais former un mouvement de rejet de la société vers la suppression des PPP.

Les contacts pris à Nantes ont conclu à la nécessité de :

  • Préparer une démarche d’architectes de la région vers le conseil régional des architectes des Pays de la Loire pour l’abaissement du seuil du recours obligatoire à l’architecte.
  • Organiser des réunions du même type, peu importe le nombre de participants, dans deux ou trois autres régions d’ici un à deux mois maximum.

 

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