Contribution de Laurent Meder, architecte du patrimoine, pour l’AG du CROAIF

Chers consoeurs, chers confrères,

Je remercie le CROAIF de demander l’avis des architectes sur leur profession et nul confrère ne pourra désormais se lamenter sur son sort dans son coin s’il n’a pas dit ouvertement à l’ordre ce qu’il pense.

Je présente par avance mes excuses pour toutes les âmes convenues qui n’auront justement rien à répondre à cet appel de prise de position.

Problématique « sociétale »

Notre profession, notre contribution au « genius loci » ne sont pas reconnus à leur juste valeur dans notre démocratie en raison d’un déficit culturel de nos clients, des décideurs des politiques et d’un héritage inconscient des désastres environnementaux et architecturaux des trente glorieuses. La meilleure manière de s’en rendre compte est de regarder les zones pavillonnaires, agricoles et de vérifier de pourcentage d’intervention des architectes dans l’acte de construire en France. J’enfonce des portes ouvertes pour la profession mais elles restent à forcer quand on sort de la sphère professionnelle.

Là, nous avons tous notre responsabilité à notre échelle pour faire valoir la qualité de notre profession mais l’Ordre doit intervenir lourdement auprès de l’Etat et notamment maintenant sur les candidats à la présidentielle  pour élargir considérablement le domaine d’intervention de l’architecte.

Cette démarche est à l’encontre de la pensée unique contemporaine qui considère comme libérateur de l’économie la dé régulation généralisée: aujourd’hui le seuil d’extension passerait de 20 à 40m2, celui du neuf de 170m2 à je ne sais quel nouveau plafond pour laisser passer les responsables du mitage du parcellaire péri  urbain.

Si l’on pousse cette logique à l’extrême c’est le concept même de l’architecte qui est mis en jeu. Alors dans ce cas, cette société soit assumer ses choix et fermer les écoles d’architectures puisque nous sommes arrivés à l’âge de l’autonomie où tout [un] chacun peut « s’automédicaliser », suivre les fiches conseil de bricolage et construction sous les conseils de nouveaux coaches télévisuels en construisant sa maison en 10 leçons…

Donc plus de médecins, d’architectes, tout le monde nait avec la science infuse et sait tout faire… ou comment la démocratie devient démagogie… le toujours plus bas, toujours moins cher, toujours plus moche mais toujours plus rapide…

Face à ce déclin, il faut impérativement que les ordres régionaux et l’ordre national nous DEFENDENT car nous les payons chers pour cela (680€ de cotisation), nous et la qualité du cadre de vie de nos contemporains. Ce n’est pas un faux débat, mais un vrai enjeu de salubrité publique donc d’intérêt général.

Donc plus de régulation pour avoir plus de qualité d’intervention.

-Imposons un ravalement/un architecte pour éviter que des BET divers et variés déposant des déclarations préalables pour poser une isolation thermique par l’extérieur avec les bonnes petites fenêtres en PVC…;

-Imposons [que l’on fasse appel à un architecte] dès le premier m²;

-Imposons le DSA Patrimoine et Architecture délivré par l’Ecole de Chaillot et non pas par les écoles d’architectures pour intervenir sur le patrimoine inscrit monument historique;

-Imposons à  l’Etat d’assurer un contrôle scientifique IMPARTIAL et  JUSTE sur l’habilitation de la maîtrise d’oeuvre intervenant sur le patrimoine classé Monument Historique afin de respecter le décret de 2009;

-Trouvons des crédits pour dédommager les architectes qui s’investissent dans les opérations telles que « les architectes dans les classes » afin qu’ils ne soient pas tenus de faire de la formation gratuite à la place de l’Education Nationale;

-Imposons à l’Ordre de mettre en place un observatoire économique d’analyse des appels d’offres afin d’avoir une vision la plus complète possible du « cours du marché de maîtrise d’oeuvre »;

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette profession et en premier lieu briser cette sorte d’autocensure imposant constamment un déni de la réalité de la crise économique par les architectes eux-mêmes « tout allant pour le mieux dans le meilleur des mondes et ceux qui se plaignent étant des mauvais architectes car ils n’ont pas assez de travail…», sans parler des stupidités imposées dans les appels d’offre du genre de 3 ou 5 réalisations similaires dans les 3 dernières années…

Il y a beaucoup à faire et d’abord se poser la question de l’exercice de notre art, c’est déjà résoudre le problème à moitié par la prise de conscience.  Il reste un chemin à parcourir avec des propositions individuelles qui ne devront pas être torpillées pour des considérations « politiques » par les différentes listes présentes dans le CROAIF et dans les autres ordres.

Voilà, j’en finis et mille excuses pour les confrères « convenables », ces propos inconvenants n’auront sans doute aucune suite.
Confraternellement. Laurent MEDER ARCHITECTE DU PATRIMOINE

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