Le projet de Loi CAP votĂ© Ă l’AssemblĂ©e nationale prĂ©voit lâabaissement du seuil de recours obligatoire Ă l’architecte Ă 150mÂČ. Cette mesure qui rĂ©tablit l’Ă©quilibre prĂ©valant avant 2012 suscite pourtant quelques contestations. « Les architectes travailleront toujours avec les entreprises pour construire une maison ! », explique Catherine Jacquot. « Nâest-il pas de lâintĂ©rĂȘt de tous de bĂ©nĂ©ficier de territoires mieux amĂ©nagĂ©s et de maisons de meilleure qualité ? »
Le 10 novembre 2015
Histoire dâun seuil :
Jusquâen 2011, un particulier construisant pour lui-mĂȘme pouvait dĂ©poser un permis de construire sans recours Ă un architecte si la surface de la maison nâexcĂ©dait pas 170mÂČ de surface hors Ćuvre nette (SHON) ; puis pour encourager une meilleure isolation des bĂątiments, un nouveau calcul a créé la surface de plancher qui exclut la surface des murs de la surface totale. Cependant le seuil de recours Ă lâarchitecte par le dĂ©cret du 7 mai 2012, est restĂ© Ă 170mÂČ augmentant de fait le seuil de recours obligatoire Ă lâarchitecte
De fait, comme le prĂ©cise Patrick Bloche dans son rapport sur la crĂ©ation architecturale, « mĂȘme sâil nâexiste pas de correspondance fixe entre la SHON et la surface de plancher, puisque cela dĂ©pend de la configuration du bĂątiment, on estime que lâimpact peut aller jusquâĂ 15 % de la superficie ».
Quelques chiffres :
Selon le Commissariat gĂ©nĂ©ral au dĂ©veloppement durable (1),  citĂ© dans son rapport par Patrick Bloche, en 2012, « seules 5 % des maisons pour lesquelles un permis a Ă©tĂ© dĂ©livrĂ© cette annĂ©e-lĂ , avaient pour maĂźtre dâĆuvre un architecte ; les constructeurs de maisons individuelles reprĂ©sentaient 53 % de ce marchĂ©, tandis que 29 % de ces logements Ă©taient construits directement par leurs propriĂ©taires ».
Selon DĂ©veloppement Construction, spĂ©cialiste des Ă©tudes de marchĂ© dans le secteur du bĂątiment, la maison neuve type dispose dâune surface moyenne de 131 mÂČ.
Enfin, selon le rapport de de la mission conjointe mandatée respectivement par les ministÚres du logement et de la Culture (2) les constructeurs de maisons individuelles occupent 59 % du marché au-dessous du seuil, et 38 % au-dessus du seuil
Quant aux architectes, ils occupent, en mission complÚte, 3 % du marché au-dessous du seuil et 13 % au-dessus.
AprĂšs avoir analysĂ© le marchĂ© de la maison individuelle, la qualitĂ© technique des maisons ainsi que la maniĂšre dont les permis de construire Ă©taient instruits, la Mission sâest prononcĂ©e trĂšs clairement en faveur dâune simplification du calcul seuil de surface et Ă lâabaissement de celui-ci Ă 150 mÂČ de surface de plancher, pour compenser les effets du dĂ©cret du 7 mai 2012.
En particulier, les auteurs du rapport ont estimĂ© qu’un seuil fixĂ© Ă 150 m2 de surface de plancher permet de « rester dans les Ă©quilibres d’origine » et de « respecter les exigences de la RT 2012, sans augmenter les coĂ»ts de construction ».
Alors pourquoi tant dâacharnement ?
Les architectes travailleront toujours avec les entreprises pour construire une maison ! En quoi lâintervention dâun professionnel compĂ©tent peut-elle engendrer un tel hallali ?
Nâest-il pas de lâintĂ©rĂȘt de tous de bĂ©nĂ©ficier de territoires mieux amĂ©nagĂ©s et de maisons de meilleure qualité ? Comment se fait-il que tant dâacteurs de lâacte de construire sâimaginent pouvoir impunĂ©ment se passer dâarchitectes pour concevoir des maisons ou des lotissements ?
Quels intĂ©rĂȘts cela sert-il ? SĂ»rement pas lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral ! Il suffit de regarder ce que sont devenus en 40 ans les pĂ©riphĂ©ries des bourgs et des villes en France : alors que les centres sont Ă lâabandon, on couvre les terres agricoles et naturelles dâensembles stĂ©rĂ©otypĂ©s : maisons implantĂ©es au milieu de leur parcelle desservies par les voies en raquette. ..
On ne peut se rĂ©signer Ă cela ! Lâhabitat est un bien culturel au moins autant quâĂ©conomique et sa valeur patrimoniale est le bien commun de tous les citoyens.
Cessons de rĂ©pandre des chimĂšres, et Ćuvrons, chacun pour notre part, en faveur de la qualité !
Pour transformer et rĂ©nover lâamĂ©nagement des territoires, lâarchitecte ne peut en aucun cas agir seul. Tous les acteurs de lâacte de construire – paysagistes, bureaux dâĂ©tudes, entreprises et artisans – doivent sâengager dans cette dĂ©marche de fabrication de ces quartiers dâhabitation que sont les lotissements de maisons individuelles.
Au lieu de vouloir sauvegarder des pratiques dâun autre temps, saisissons ensemble la nĂ©cessitĂ© de la mutation de lâĂ©cosystĂšme de toute la filiĂšre bĂątiment pour concevoir et amĂ©nager autrement nos bourgs et nos villes.  Le vĂ©ritable enjeu est lĂ , les Ă©lus des collectivitĂ©s territoriales et les parlementaires le savent.
Catherine Jacquot, le 10 Novembre 2015
(1)« Le prix des terrains à bùtir en 2012 », Observation et statistiques, n° 473, décembre 2013
(2) S. Arnaud, H. Dupont, J-Y Le Corre, R. Klein, LâĂ©valuation des impacts de la rĂ©forme du calcul de la surface de plancher sur le seuil dispensant du recours obligatoire Ă lâarchitecte, septembre 2013.